Leur corps expliqué aux enfants

Article trouvé sur le blog Olympe et le plafond de verre.

L’une des polémiques du jour sur twitter concerne un livre qui vient d’être publié avec pour auteurs Laure Monloubou dessinatrice, et Michel Cymes  le docteur bien connu qui passe à la télé.

Les pages concernant les organes reproducteurs sont critiquées et je trouve qu’il y a de quoi. J’ai, sur ma page facebook, partagé un statut, qui décrit très bien le problème mais il a eu assez peu d’écho ; mystère des algorithmes. Je prends donc le temps d’en faire un vrai billet car je trouve qu’il y a de quoi, d’autant plus que sur twitter Michel Cymes lui-même a refusé d’aborder sérieusement la question traitant avec mépris celles qui l’interpellaient.

Je précise que j’ai repris les photos trouvée sur facebook et twitter n’ayant pas ce livre en ma possession (et pas l’intention de l’acheter)

Je rappelle que le titre de cet ouvrage est « Leur corps expliqué aux enfants »

En gros les filles n’ont pas d’organes reproducteurs puisque la zézette se réduit à la seule fonction urinaire. Il n’est même pas fait mention de l’utérus.

Voici la description qui figure en dessous de l’image du garçon.

Le zizi, ou pénis comme disent les adultes, ne se trouvent que chez les hommes, petits et grands. Il est relié aux testicules qui produisent les testicules qui serviront à faire des bébés plus tard. Les testicules ne supportant pas la chaleur sont placés en dehors du corps. Le pénis est aussi relié à la vessie qui est la poche contenant le pipi. Le pipi passe par un tuyau, l’urêtre, et sort par un petit trou situé au bout du gland. Certains glands sont recouvert par de la peau. C’est le prépuce. D’autres zizis n’ont plus cette peau. Avec ou sans cette peau le zizi fait pipi, c’est le plus important.
Parfois le zizi devient dur et pourtant il n’y a pas d’os., C’est parce qu’il se remplit de sang. C’est très bien cela prouve qu’on est en bonne santé.

Voici celle qui figure en dessous de l’image de la fille.

Quand on est un garçon on a un zizi et quand on est une fille on a une zézette, ou cocotte ou minou.

Remarquez déja qu’on ne sait pas comment les adultes nomme cette partie du corps.

C’est par là qu’on fait pipi. Personne ne doit toucher à la zézette d’une petite fille ou le zizi d’un petit garçon, sauf papa ou maman pour les laver si ils ne peuvent pas le faire tous seuls.

Et c’est tout !

Une petite fille qui aurait la curiosité de comprendre sa vulve avec cette description pourrait en conclure logiquement que le vagin sert à faire pipi puisque la sortie de l’urètre n’est guère perceptible.

Sur  la page suivante le sexe du petit garçon est détaillé, ce qui n’est pas le cas pour la fille a qui on explique qu’elle doit s’essuyer correctement les fesses pour ne pas attraper de maladies.

On en est donc encore là en 2017

Et c’est regrettable que cela provienne de l’ouvrage de quelqu’un d’influent.

Les garçons ont un pénis qui est décrit et expliqué. Les filles n’ont rien d’autre qu’un orifice qui sert à faire pipi. On croirait du Freud . Depuis quelques temps la description et le fonctionnement du clitoris ont fait l’objet de nombreux articles. Mais on s’aperçoit que, bien en amont, le mot vulve semble un gros mot et que la description de celle-ci est sans objet, puisque invisible.

Serai-je malade docteur Cyme ?

Les bars «France 2 compatible» de Saint-Denis

Hier, lecture étrange. Un tweet de In Seine-Saint-Denis , met en avant un label bien singulier proposé aux bars et restaurants de Saint-Denis et ayant pour but la promotion de la mixité dans les troquets de la ville. Malaise.

Par Agnes Druel, un article trouvé ici.

Depuis le reportage de France 2 sur l’acceptation ou non des femmes dans certains bars de banlieues, notamment à Sevran, le débat a été relancé sur la place accordée aux femmes dans l’espace public, spécialement en banlieue, où il semblerait que la Femme ne puisse pas aller où elle veut, et que l’accès de quelques bars lui serait refusé.

Il y a alors eu des reportages, des plateaux télés où des experts en laïcité et féminisme se sont écharpés pour dénoncer l’islamisme grandissant en banlieue et le danger que cela représente,  la banlieue y est secouée et malmenée. Il y aura aussi une contre-enquête efficace du Bondy Blog, suivie d’une « contre » contre-enquête de Marianne, qui remplie de clichés réponds aux attentes et fantasmes de l’imaginaire collectif sur la banlieue.

Et puis, l’Observatoire de laïcité de Saint-Denis et le collectif « Sacamain » ont surenchérit en lançant une campagne destinée à promouvoir la place de la femme dans l’espace public dionysien en faisant signer une charte de la mixité aux commerçants volontaires, et en distribuant des petits autocollants que le propriétaire de bar colle sur sa porte et ou l’on y voit, sous forme de dessin, une femme fumant une cigarette assise à la même table qu’un homme. Parce que la femme libre et émancipée a les cheveux détachés et  fume des cigarettes en terrasse de Saint-Denis. Cela ne peut être autrement.

autocollant mixité © capture d'écran du site : saintdenismaville autocollant mixité © capture d’écran du site : saintdenismaville

Voilà, nous y sommes arrivés. La femme est acceptée dans tel ou tel bar au même titre que les tickets restaurants ou les animaux de compagnies. Un petit autocollant qui vient rappeler que la présence féminine est vivement souhaitée, et que le propriétaire s’engage, à travers la charte, à accueillir avec bienveillance le « sexe faible » dans son commerce.Ce n’est pas une maladresse. Ce n’est pas une erreur de communication. C’est simplement une suite logique d’heures de débats sur une réalité fantasmée en banlieue, de matraquage médiatique à l’encontre d’une partie de la population en raison de sa religion, l’Islam, qui se voudrait machiste et rétrograde. Une suite logique de débats politiques tronqués par la montée en puissance des idées racistes et islamophobes de Marine Le Pen qui voit dans le burquini l’ennemi de la République, et à qui l’on offre un boulevard médiatique pour qu’elle puisse répandre sa haine en toute tranquillité.

Des heures de pseudos débats,  de reportages construit uniquement sur des clichés tenaces et une haine de l’autre qui s’assume de plus en plus en facilement au pays des droits de l’homme, auront finalement aboutis à l’impression de petits autocollants annonçant « la bienveillance » d’un commerçant à l’égard des femmes.  Nous, femmes dionysiennes, sommes heureuses d’apprendre qu’au même titre que les chiens et les cartes bleues, que notre présence est maintenant autorisée et désirée dans certains bars de notre ville.

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Depuis que j’habite à Saint-Denis, l’entrée d’aucun établissement ne m’a été refusée. Je suis libre de circuler où il me plait, quand je le souhaite. C’est pourquoi je refuse cette campagne de la division menée par ces deux associations et que je ne me rendrais plus dans les 14 bars signataires de la charte pour aller boire des verres avec mes amis. J’irai ailleurs, là ou sous couvert d’une prétendue égalité homme-femme, les islamophobes et autres semeurs de haine, n’ont pas trouvé écho à leur message dangereux.

10 films pour comprendre le « syndrome Trinity »

10 films pour comprendre le « syndrome Trinity »

 

trinity00Dans un article publié sur le site The Dissolve, Tasha Robinson utilise l’expression « Trinity Syndrome » pour désigner le trope consistant à introduire un personnage féminin particulièrement compétent et intéressant, pour finalement le réduire à la fonction de bras droit du héros masculin. Je propose ici de revenir sur ce trope en passant en revue 10 films qui me semblent particulièrement représentatifs des problèmes qu’il pose. Ce ne sont que des cas parmi d’autres que j’ai choisis en fonction de mes propres goûts. Il existe plein d’autres exemples de ce « syndrome », comme ceux que citent par exemple Tasha Robinson dans l’article que j’ai cité ou, en français, Mirion Malle dans l’excellente BD qu’elle consacre à cette question sur son excellent blog.

Pour lire cet article entièrement, c’est par ici!

Aurélie Leroy : « Croire en une conscience féministe unique est dépassé »

Un article à lire sur le site de la revue Ballast

Une frange du mouvement féministe occidental continue de penser que ses mots d’ordre et ses méthodes d’action valent, sans distinctions ni nuances, pour l’ensemble des continents — au point que la notion même de « féminisme » soit parfois perçue, dans « le Sud », comme une énième tentative d’intrusion du « Nord ». A paru à la fin de l’année 2015 l’ouvrage collectif État des résistances dans le Sud — Mouvements de femmes, coédité par le Centre Tricontinental et Syllepses. L’historienne Aurélie Leroy en est la coordinatrice. « Les féminismes s’inventent, se pratiquent, mais ne se ressemblent pas », avance cet ouvrage qui conduit ses lecteurs du Sénégal au Sri Lanka, en passant par le Chili, l’Irak, le Mexique et la Chine. De quelle manière ces pensées et ces pratiques, peu connues dans nos pays, permettent-elles de secouer les angles morts, de sortir des pistes dominantes et d’œuvrer, au final, à l’émancipation de toutes les femmes?

Lire la suite ici.

Une femme géante dans Istanbul

8-mars-istanbulImaginez une boule de neige qui dévale une colline, et qui devient une avalanche. Là, c’était une boule de feu, une boule d’énergie qui devenait une « vague humaine » comme vous dites en France. Une vraie celle-ci ! Des femmes de tous âges, toutes de belles personnes y mettant leurs tripes. Un cri qu’aucune oppression, aucune menace, ne peut museler. Un défi d’une force inouïe, une force indomptable par aucun pouvoir liberticide. Allez-voir la suite par ici, ça vaut le détour!

Une manifestante féministe arrêtée pour le port d’un T-shirt BDS

Manifestation du 6 mars 2016 – Paris : Puissance féministe et répression politique

manif 6 mars

manif-6-marsPlusieurs milliers de manifestantEs ont défilé ce dimanche 6 mars, de Belleville à l’Hôtel de Ville, affirmant ce que les femmes et minorités de genre sont : des putains de féministes !

Autodéfense collective contre les violences de l’État et des hommes*, solidarité féministe entre touTEs, égalité des droits… Les slogans contre le sexisme, la transphobie, la lesbophobie, le racisme, l’islamophobie, la guerre et l’État d’urgence, ont résonné tout le long du parcours.

Une collecte y a également été faite afin de financer le festival (récoltant plus de 600€) mais, aussi, les frais de justice du Collectif 8 Mars pour TouTEs, attaqué pour diffamation par la Maire du XXeme Frédérique Calandra, pour avoir osé soutenir Rokhaya Diallo.

Au cours de cette manifestation la police s’est attaquée à cette force collective qui se déployait dans les rues parisiennes. A l’angle de la rue Réaumur et de la rue Saint Martin, des policiers en civil et en uniforme ont arrêté une manifestante dans son cortège. Pourquoi ? Parce qu’elle arborait un T-shirt de la campagne Boycott Désinvestissement Sanction contre l’apartheid israélien : « Boycott Israel Apartheid ».

La manifestation a stoppé sa progression pendant une heure, rassembléEs en masse devant le commissariat pour exiger sa libération : cette stratégie a payé, la manifestation a obtenu sa libération.

La manifestante est maintenant convoquée au commissariat du 3eme, lundi 14 mars à 14h pour répondre d’ « incitation à la haine en raison de l’origine par écrit« .

Le soutien des manifestantEs a été sans faille dans la rue et ne s’arrêtera pas là.

La campagne BDS France a déjà été contactée et la mobilisation de solidarité s’organise pour assurer le soutien politique et militant nécessaire à la manifestante.

Le Collectif 8 mars Pour TouTEs tient également à alerter l’ensemble du mouvement social et militant : cette arrestation en pleine manifestation est des plus inquiétantes quant à la politique de criminalisation des luttes politiques. A travers cette arrestation, la police montre encore une fois qu’elle se sent en toute confiance sous l’autorité de ce gouvernement. L’État policier, la répression politique et raciste ne cessera que par un rapport de force offensif et intraitable : notre solidarité doit être sans faille, nous y appelons aujourd’hui plus que jamais.

Playlist de la #ManifBelleville

Le Collectif 8 mars Pour TouTEs, lundi 7 mars 2016, Paris

* Nous nous référons ici aux hommes cisgenres, c’est à dire assignés garçons à la naissance et qui se définissent toujours ainsi (comme « homme »)

Tout ça pour ça

Tout ça pour ça.
Publié le 6 février 2016

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Il n’est pas mon habitude de mettre des selfies ici. Encore moins d’une autre partie du corps que le visage. C’est un peu intime, quoi. Et je parle très peu de moi sur ce blog, d’habitude. Mais ce matin, j’ai pensé que je pouvais faire exception à ma réserve habituelle. Car ce matin je me suis regardée dans la glace et j’ai vu ça.

Oui, regardez bien. A droite. Cette chose inconnue. Regardez mieux. On voit trois poils et demi qui se battent en duel. Vous les voyez? Ah mais je vous entends d’ici demander « d’habitude, elle parle de sujets de société, de militantisme, de lutte, de changer le monde, et tout ça, enfin de trucs importants quoi, et voilà qu’elle vient nous rebattre les oreilles avec ses 3 poils d’aisselle, ça y est on a perdu l’elfe ».

La suite est à lire ici.

La collection féministe d’Isabelle Cambourakis, entre militantisme et édition

Début 2015, Isabelle Cambourakis créait, au sein de la maison éponyme, une collection intitulée Sorcières. En faisant ressortir de l’oubli des textes américains des années 70, elle envisageait cette activité éditoriale comme un prolongement de son propre investissement. Comme un bilan de cette première année éditoriale, elle retrace avec nous cette aventure entre militantisme et édition et nous offre déjà de beaux titres qui recentrent les questionnements sur la place du corps des femmes.

La suite par ici.

 

Où sont les féministes mainstream ? Par Océane Rose Marie, Auteure et comédienne

Tribune parue dans Libération du 5 novembre 2015

Samedi après-midi a eu lieu un événement historique : pour la première fois en France, une marche a été organisée par des femmes qui luttent au quotidien contre le racisme, des femmes qui sont en premières lignes, des femmes de terrain, des militantes. Militantes parfois malgré elles, parce que leur frère ou leur fils a été tué par la police, et qu’elles ont vu leur vie basculer. Une marche splendide, pas organisée par des syndicats, un parti politique ou une association pilotée par le gouvernement. Non, une marche dont l’appel a été lancé par Amal Bentounsi, sœur d’Amine, tué d’une balle dans le dos par la police en 2012, et rejoint par d’autres familles de victimes de crimes policiers, celles de Lamine Dieng, Ali Ziri, Amadou Koumé, Abdoulaye Camara, Mourad Touat, Hocine Bouras, Wissam El Yamni, Lahoucine Ait Omghar… Des noms qu’on ne connaît que trop peu, des noms qui racontent des morts injustifiées, et des policiers qui s’en sont tous sortis malgré tous les éléments à charge.

Une marche organisée avec ces familles, par des femmes racisées (pour rappel, être «racisé», c’est être victime de racisme et désigné comme «autre», ce n’est pas essentialiser la race, hein, bisou Nadine), des associations antiracistes et des collectifs féministes : le collectif Mwasi, Femmes en lutte 93, Mamans toutes égales, Collectif des féministes pour l’égalité, les Femmes dans la mosquée et j’en passe. Une marche soutenue par des partis et syndicats de gauche (dont EE-LV, le NPA, Ensemble, le Parti de gauche et la CGT Paris) qui ont rejoint la fin de cortège. Pas devant mais derrière, en soutien à l’initiative… et c’est ça qui était enfin cohérent. Parce que les luttes doivent être portées par les personnes concernées en premier lieu.

Derrière ces femmes, en revanche, aucune trace d’Osez Le féminisme, Féministes en mouvement, La Barbe, les Femen (lol), les Chiennes de garde, Ni putes ni soumises (double lol), ou autre association féministe de premier plan. Cela interroge. Faut-il en conclure qu’aucune de ces associations ne s’est reconnue dans le combat pour la justice porté par les 70 femmes de la Mafed (Marche des femmes pour la dignité) ? Le message était clair : nous vivons dans un pays où la justice et la police sont à deux vitesses et où celles et ceux qui ont une gueule d’Arabe, de Rom ou de Noir, pour peu qu’ils vivent en plus dans un quartier populaire, en font les frais. La routine se résume à un contrôle au faciès, à des violences policières (verbales ou physiques) et peut conduire, dans le pire des cas, à des crimes policiers.

J’étais à cette marche en tant qu’alliée certes, mais aussi parce que je suis concernée : je refuse de vivre dans une société injuste, où le racisme d’Etat s’exprime quotidiennement au travers de ces abus policiers, de l’arbitraire judiciaire et carcéral. Beaucoup de gens «de gauche» m’ont reproché d’avoir signé l’appel et d’y avoir participé. Ce serait une initiative «communautariste», «identitaire», ou encore «dangereuse». Ah bon ?

Ce n’est pas ce que j’ai vu samedi. Ce que j’ai vu ce sont des femmes et des hommes affirmant leur dignité et dénonçant les discriminations structurelles qui les touchent. Une mère m’a expliqué s’être engagée auprès de la BAN (Brigade antinégrophobie) quand elle a eu son fils. Parce qu’elle a peur pour lui. Qu’elle se sente, elle, dans une certaine insécurité passait encore, m’a-t-elle dit, mais imaginer que son fils puisse subir ça, qu’il puisse se faire courser par des flics pour rien, que sa vie soit en danger pour rien, ça non elle ne pouvait pas le supporter. Qu’on m’explique ce qu’il y a de «communautariste» dans cette démarche.

A tous les gens de gauche, voici ce que je voudrais dire : je suis blanche, lesbienne, bourgeoise, féministe, militante des droits LGBT, j’ai été à la marche de la Dignité et je déplore l’absence de toutes les féministes dites «intersectionnelles» et de toutes celles et ceux qui partagent mes combats. A ces gens, je voudrais poser une simple question : Quand il s’est agi d’aller marcher le 11 janvier avec une pancarte «Je suis Charlie», vous êtes passés outre la présence de certains dictateurs ou de personnalités de la droite française… par ce que la «liberté d’expression» et le deuil national étaient plus importants que ça et qu’il fallait à tout prix être rassemblés autour de valeurs communes, malgré les divergences sur de multiples sujets. Alors sincèrement, pourquoi, quand il s’agit de soutenir ici aussi des familles de victimes, de combattre un racisme systémique, d’exiger que notre système judiciaire, carcéral et policier soit le même pour tous, pourquoi tout d’un coup la présence de «signataires louches» pour cet l’appel vous gêne-t-elle ? Comment justifiez-vous ces différences de traitement ?

Je crois que j’ai la réponse. Au fond, vos «valeurs républicaines» se foutent pas mal des injustices qui s’abattent sur les plus pauvres, les descendantes de l’Empire colonial français, ceux qui ne vous ressemblent pas et qui vous renvoient à la gueule une image brisée de la société. Ce ne sont pas vos potes qui étaient dans la rue ce samedi 31 octobre, pas vos connaissances, pas votre réseau. On m’a accusée d’avoir osé répondre à un appel du PIR (Parti des indigènes de la République), qui a participé à cette manifestation ; l’initiative a beau avoir été lancée par une sœur de victime et une multitude de femmes, on prend toujours quelques signatures pour essayer de discréditer (en multipliant les amalgames et les raccourcis d’ailleurs) un événement.

Je serais inconséquente, stupide, naïve, «angeliste» et désormais sans doute aussi antisémite et islamiste… Le comble pour une gouine féministe ! Mais vous, qui m’accusez de marcher avec le PIR, vous faites quoi au juste ? Vous, les associations féministes qui vous battez pour l’égalité des salaires et contre la taxe tampon (ce que je trouve super au demeurant), vous la Dilcra (Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, ndlr), vous organisez quoi pour les femmes qui se font agresser tous les jours parce qu’elles portent un voile, pour les familles des victimes de violences policières, encore une fois ?

Je crois qu’on peut avoir vos idéaux (que la prostitution disparaisse, que le voile disparaisse, etc.) et être néanmoins pragmatique, mener des combats politiques dans lesquels les principes ne priment pas sur les victimes, et ne pas incriminer ceux et celles qui sont déjà en première ligne des discriminations.

Vous qui vous êtes battues pour qu’on ne parle pas à votre place quand on vous disait manipulées, incapables de tenir un chéquier ou d’avoir le droit à l’avortement, vous qui savez l’importance de faire entendre vos voix quand les dominants voudraient parler à votre place : allez à la rencontre de ces femmes, des familles des victimes, de toutes les signataires de l’appel, et osez me dire en face que ce ne sont pas des femmes autonomes, qu’elles ne pensent pas par elles-mêmes ou qu’elles sont manipulées par je ne sais quel courant extrémiste qui n’existe que dans des fantasmes propres aux délires racistes.

S’il vous plaît, ne reproduisez pas un système d’oppression construit sur la suspicion, la délation, l’incitation à la haine, sans écouter celles et ceux qui exigent d’être enfin entendues, fatiguées qu’on parle à leur place.

Malheureusement, quand on veut changer les choses, on doit s’associer à des groupes ou des individus qui ne pensent pas comme nous sur TOUT. Si je ne marchais qu’avec des gens qui pensent comme moi de A à Z, et donc militent à la fois pour les droits des trans à changer d’état civil, la PMA, l’abrogation de la loi de 2004 sur le voile et contre la loi abolitionniste qui menace les prostituées, je pense qu’on serait 12, et encore, je compte ma mère et mes chatons ! Donc oui, je pense qu’il faut respecter certains agendas, entendre que les questions de vie ou de mort sont prioritaires sur tout le reste, et surtout ne pas oublier que ces questions de droits humains et de justice nous concernent tous.

Et si demain encore il faut aller dans une manif aux côtés de certaines personnes qui ne soutiennent pas le mariage pour tous, avec une association pro-Hamas, ou encore avec des partis politiques dont je ne partage pas la vision, et bien vous savez quoi, j’irai quand même, tant que le mot d’ordre de cette manif ne sera autre que «JUSTICE POUR TOUS ». Et je ne saurai que trop vous encourager à faire de même au lieu de crier aux « replis communautaires », quand le plus gros et le plus violent repli communautaire auquel j’assiste aujourd’hui est celui d’une élite blanche, bourgeoise, dominante, agressive, serrant en tremblant contre son sein son lot de privilèges comme Harpagon s’agrippe à sa bourse.

Océane Rose Marie Auteure et comédienne

Marche de la dignité : «L’heure de nous-mêmes a sonné»

Plus de trente ans après la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983 et dix ans après les révoltes des quartiers populaires, une manifestation initiée par des femmes a lieu samedi 31 octobre. Elle est soutenue par diverses associations et organismes.

Au départ, il y a le 8 mai 2015, au nom des nombreuses familles qui ont perdu aux mains de la police française un frère, un père, un mari, un compagnon, un fils, l’appel lancé par Amal Bentounsi à une Marche de la dignité et contre le racisme. Au départ, il y a les victimes, les familles des victimes, l’impunité de la police, et les promesses trahies de sévir face au contrôle au faciès et d’accorder le droit de vote aux étrangers. Au départ, il y a le sentiment profond, que rien ne vient malheureusement contredire, que sous la Ve République toutes les vies ne se valent pas.

En réponse, il y a la Marche de la «dignité» pour affirmer la dignité inhérente à tous et le refus d’être «une chose». Des femmes sont à l’origine de cet appel car nous connaissons les liens entre racisme et sexisme. Aucune de nous n’est dupe du rôle que l’Etat voudrait nous faire jouer en nous séparant de nos pères, frères et compagnons présentés comme violents, arriérés, sexistes. Il nous veut dociles et obéissantes, il veut faire de nous des auxiliaires de ses politiques de pacification. Mais, à la suite de nos aînées, esclaves, colonisées, migrantes, réfugiées, ouvrières, nous refusons ce marchandage. Notre émancipation ne se fera pas au prix d’une trahison.

Depuis des décennies, nous sommes témoins de politiques étatiques d’exclusion, de relégation, et de stigmatisation. Si nous ajoutons à ces chiffres les victimes tombées sous les coups des gendarmes, de la police ou de milices privées en Guadeloupe, en Martinique, à La Réunion, en Guyane, ou en Kanaky, si nous ajoutons les morts dans les lagons de Mayotte et les noyés en Méditerranée, le déni d’existence des communautés romani, si nous ajoutons le taux de chômage, les chapitres oubliés de l’histoire esclavagiste et coloniale dans les programmes scolaires, les représentations paternalistes ou racistes au cinéma, à la télévision, au théâtre, nous pouvons parler d’une politique d’Etat économique, culturelle et sociale racisée qui touche en premier une majorité des jeunes dans les terres dites «d’outre-mer» comme dans les quartiers populaires de l’Hexagone.

En 1956, Aimé Césaire publiait une lettre dans laquelle il écrivait à propos du «fraternalisme» des communistes français : «Car il s’agit bel et bien d’un frère, d’un grand frère qui, imbu de sa supériorité et sûr de son expérience, vous prend la main (d’une main hélas ! parfois rude) pour vous conduire sur la route où il sait se trouver la Raison et le Progrès. Or, c’est très exactement ce dont nous ne voulons pas. Ce dont nous ne voulons plus, et il ajoutait ce n’est pas volonté de se battre seul et dédain de toute alliance. C’est volonté de ne pas confondre alliance et subordination».

Pour nous, cette critique s’applique à toute la gauche française, et elle est toujours d’actualité. C’est encore trop souvent une subordination qui nous est proposée. On nous fait miroiter un futur au prix d’un renoncement à nous-mêmes. Or, nous entendons désormais déclarer notre indépendance, et renouer avec notre histoire et nos droits pour forger notre avenir en toute souveraineté.

«L’heure de nous-mêmes a sonné», disait Aimé Césaire. Nous savons que ce sera long et difficile, mais nous marchons en conscience sinon en présence avec nos sœurs et frères étudiants d’Afrique du Sud, nos sœurs et frères expulsés et maintenus dans la rue, nos sœurs et frères migrants et réfugiés, nos sœurs et frères de Palestine, des Etats-Unis, de Grèce, d’Espagne, de tous les pays où un nouveau vent se lève.

Françoise Verges Membre de la Marche des femmes pour la dignité (Mafed). , Maboula Soumahoro Membre de la Marche des femmes pour la dignité (Mafed). , Hanane Karimi Membre de la Marche des femmes pour la dignité (Mafed). , Sarah Carmona Membre de la Marche des femmes pour la dignité (Mafed).

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